Aller au contenu principal

InformationsPublié le 23 février 2026

L’eau courante, gage de sécurité: la Suisse renforce des communes en Bosnie

À Prijedor, Mile Prokopić n’avait pas l’eau courante depuis 1992. Aujourd’hui, l’eau coule au robinet grâce à un projet qui dépasse de loin la simple pose de canalisations. Le projet suisse MEG (municipal environmental governance) renforce la gouvernance locale dans 30 communes, rassemble les populations au-delà des frontières ethniques et démontre que les communes qui fonctionnent bien favorisent la confiance dans la démocratie, l’état de droit et les droits de l’homme, qui constituent les priorités de la présidence suisse de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Des ouvriers installent de nouvelles conduites d’eau dans une tranchée ouverte dans un quartier résidentiel de Prijedor, en Bosnie et Herzégovine.

Mile Prokopić habite depuis 1992 dans le quartier de Čirkin Polje à Prijedor, une ville située au nord-ouest de la Bosnie et Herzégovine. Pendant trente ans, il n’a pas eu accès à l’eau courante. « Certaines maisons ont été raccordées individuellement à une conduite, mais moi-même et quelques autres ménages n’avions pas d’eau du tout », explique-t-il. Deux familles totalisant six personnes s’approvisionnaient à un puits que Mile Prokopić avait creusé lui-même.

Des travaux sont en cours dans le quartier de Čirkin Polje. De nouvelles conduites remplacent un réseau vétuste dont les pertes dues à des fuites représentaient jusqu’à 80 % du volume d’eau. Pas moins de 355 ménages bénéficient de ces aménagements et 30 familles en situation financière difficile sont désormais raccordées pour la première fois. « Les canalisations installées actuellement sont comme une artère vitale pour ce quartier », déclare Mile Prokopić.

Le projet MEG à l’origine de cette évolution est mis en œuvre par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et financé conjointement par la Suisse, la Suède, la République tchèque et l’Union européenne. Au cours de sa deuxième phase (2021-2025), le MEG a collaboré avec 30 communes réparties entre les deux entités du pays, la Fédération de Bosnie et Herzégovine et la République serbe de Bosnie.

Plus qu’une simple infrastructure, une forme de gouvernance par la base

Le MEG ne se contente toutefois pas de poser des canalisations. Le projet renforce les capacités administratives des communes en matière de planification, de budget et de transparence. Il encourage la participation citoyenne, notamment grâce à la plateforme en ligne eCitizen (www.ecitizen.ba), et harmonise les réglementations locales avec les normes de l’UE. Pour Rajka Zdjelar, coordinatrice du projet à Prijedor, la stratégie de la ville consiste à garantir en permanence un accès à l’eau potable à l’ensemble de la population. Le projet MEG fournit les moyens et les connaissances nécessaires à cet effet.

Au cours du premier cycle de financement, huit communes, dont Prnjavor, Žepče, Prijedor et Trebinje, ont reçu un montant total de 950 000 dollars pour des projets d’infrastructure environnementale. Les fonds sont attribués en fonction de la performance : plus une commune met en œuvre les réformes convenues de manière cohérente, plus elle peut demander des subventions élevées. Mato Zovko, maire de Žepče, explique que le projet a eu pour effet de rendre la commune plus ouverte et d’augmenter sa capacité à relever de nouveaux défis sur la voie de l’intégration européenne en alignant son administration sur les normes européennes.

Une nouvelle génération de spécialistes pour le secteur de l’eau

Le volet du projet concernant la relève est particulièrement digne d’intérêt. De jeunes techniciens issus d’entreprises d’approvisionnement en eau de 30 communes partenaires ont créé leurs propres sous-comités dans les associations de gestion de l’eau des deux entités. Ils échangent leurs connaissances, développent des solutions innovantes et œuvrent à la création d’une water academy, un programme de formation destiné à la prochaine génération d’ingénieurs. « Sans jeunes professionnels, il n’y a pas d’avenir », déclare Petar Topić, l’un des initiateurs du projet.

Le fait que ces jeunes issus des deux entités travaillent ensemble à l’avenir de l’approvisionnement en eau est tout sauf évident dans ce pays, où les divisions ethniques continuent de marquer le paysage politique, plus d’un quart de siècle après la fin de la guerre. La collaboration, dans le cadre du MEG, entre les communes de la Fédération de Bosnie et Herzégovine et de la République serbe de Bosnie contribue donc de manière remarquable à instaurer la confiance.

Le développement en faveur de la sécurité

Mais quel est le rapport avec la sécurité ? Il est très important. La sécurité n’est pas uniquement le résultat d’efforts diplomatiques ou de moyens militaires. Elle prévaut également lorsque les communes fonctionnent, que les citoyens ont confiance dans leurs institutions et que des personnes d’origines diverses travaillent ensemble à la recherche de solutions. L’engagement de la Suisse en Bosnie et Herzégovine le démontre : la coopération au développement est un travail de sécurité. Elle instaure la confiance, renforce l’État à partir de la base et établit les fondements d’une stabilité à long terme.

Pour Mile Prokopić, il ne s’agit pas d’une formule abstraite. Il attend que les travaux soient terminés pour pouvoir enfin, en tant que citoyen de Prijedor, bénéficier de l’eau courante. « J’ai hâte », dit-il. Ces mots n’expriment pas uniquement l’impatience, ils traduisent la confiance dans la capacité de l’État à tenir ses promesses.

Liens

Contact

Direction du développement et de la coopération (DDC)
Eichenweg 5
3003 Berne