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InformationsPublié le 11 juin 2026

Parier sur les géants ou se développer aux côtés des microentreprises?

Associer le secteur privé: telle est la clé pour que la formation professionnelle soit adaptée, inclusive et en phase avec les besoins réels du marché du travail. Pourtant, une question revient sans cesse, quel que soit le projet ou le pays concerné: vaut-il mieux miser sur les grandes entreprises ou se développer aux côtés des microentreprises ?

Quatre jeunes personnes apprennent les métiers de l’agro-alimentaire.

Deux projets menés par la Direction du développement et de la coopération (DDC) mettent en lumière ce questionnement à travers l’approche suivie et les choix stratégiques opérés : Education for Employment (E4E) en Macédoine du Nord et Youth for Skills (SIM!) au Mozambique. Mis en œuvre par Helvetas dans des contextes économiques très différents, ces deux projets aboutissent à la même conclusion : la réalité du terrain compte davantage que les modèles.

Secteur privé : déconstruire un mythe tenace

Le secteur privé est souvent implicitement assimilé à de grandes entreprises du secteur formel. Or il englobe tous les acteurs économiques privés qui génèrent des revenus et des emplois, des sociétés exportatrices multinationales aux entreprises familiales en passant par les entrepreneurs individuels. Le marché du travail est à l’image de la diversité du paysage entrepreneurial : identifier les véritables créateurs d’emplois et comprendre le fonctionnement du marché du travail est le point de départ de toute stratégie pertinente visant à lier formation professionnelle et secteur privé.

En Macédoine du Nord, 98,3 % de toutes les entreprises sont des petites et moyennes entreprises, selon les statistiques nationales.

Au Mozambique, le tableau est encore plus frappant : selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI) et de l’Organisation internationale du travail (OIT), l’économie informelle représente environ 80 % du marché de l’emploi. Il s’agit essentiellement de microentrepreunariat : entreprises familiales ou activité indépendante dans l’agriculture paysanne et le commerce notamment.

Ces différences structurelles sont loin d’être anodines. Dans les économies plus industrialisées ou tournées vers l’exportation, le secteur privé est souvent organisé en chambres de commerce et associations sectorielles, ce qui facilite l’engagement collectif. Dans les économies rurales ou informelles, une telle coordination est rare, faisant de l’organisation du secteur privé, à elle seule, un enjeu de développement.

De l’importance d’associer le secteur privé pour favoriser l’inclusion et créer des opportunités

Dans les deux projets, l’association du secteur privé a profondément remodelé l’articulation entre formation professionnelle et opportunités économiques. Conformément à l’approche de la DDC en matière de formation professionnelle, les mesures de développement s’appuient sur des éléments clés du système suisse de formation duale (partage des responsabilités entre les acteurs publics et privés, formation structurée en milieu professionnel), moyennant quelques ajustements aux réalités de chaque pays.

Au Mozambique, le projet SIM! est né d’un constat simple, mais essentiel : avec ou sans projet de développement, les jeunes se forment et travaillent déjà dans le secteur privé. Les apprentissages traditionnels auprès d’artisans et de microentrepreneurs sont souvent la première, et parfois la seule, porte d’entrée dans le monde du travail. SIM! cible les secteurs pour lesquels il existe une demande avérée sur le marché, recense les acteurs qui forment déjà des jeunes et évalue la volonté de ces derniers de s’engager de manière plus systématique. Le contenu de la formation est ensuite élaboré en collaboration avec ces acteurs.

Quatre femmes en apprentissage de pâtisserie.

En Macédoine du Nord, le projet E4E intervient sur un marché du travail plus formalisé, où les entreprises attendent des diplômés qu’ils soient rapidement productifs et qu’ils répondent aux normes de qualité internationales. En passant par les chambres de commerce et les associations sectorielles, E4E aligne ses formations sur les secteurs en croissance orientés vers l’exportation. Les entreprises s’engagent non seulement par responsabilité sociale, mais aussi parce que la pénurie de compétences limite directement la productivité, la compétitivité et la croissance.

Les études de la DDC sur l’association du secteur privé à la formation professionnelle montrent que des systèmes de développement des compétences efficaces émergent lorsque les employeurs ne sont pas seulement bénéficiaires, mais aussi des acteurs engagés, apportant leur expertise, leurs espaces de formation et leurs financements.

« Après avoir suivi la formation en conditionnement, j’ai été embauchée comme ouvrière il y a près de sept mois, explique Eliza José Henriques, 25 ans, dont la formation était le fruit d’une collaboration entre le projet SIM! et l’entreprise agroalimentaire locale RW Machamba. J’ai choisi de suivre ce cours, car, auparavant, je gagnais ma vie en vendant des pois et d’autres produits alimentaires dans les rues du centre-ville de Montepuez. J’ai beaucoup appris sur la conservation des aliments, ce qui est très important pour moi, car j’espère ouvrir mon propre restaurant. »

Pour les entreprises et les artisans, cet engagement offre des avantages économiques concrets : réduction des coûts de recrutement, meilleure adéquation entre les compétences et les besoins de production et, à terme, amélioration de la productivité et de la fidélisation des employés.

Comment fonctionne l’association du secteur privé dans la pratique: des stratégies adaptées au contexte

Ni E4E ni SIM! n’ont démarré avec une feuille de route préétablie pour associer le secteur privé. Les deux projets ont testé différentes approches avant de valider des stratégies adaptées aux réalités du marché.

En Macédoine du Nord, le projet E4E a conclu un partenariat avec la chambre de commerce au niveau national, puis il s’est associé à un large éventail d’entreprises, même les plus petites. L’expérience a cependant montré que les moyennes et grandes entreprises offraient un meilleur retour sur investissement en termes d’échelle et de durabilité. Ces entreprises ont des stratégies claires en matière de ressources humaines, une plus grande capacité financière et plus de raisons d’investir dans le développement de leur main-d’œuvre.

Au Mozambique, SIM! a également mobilisé de grandes entreprises, en particulier dans les secteurs de l’agriculture et de la construction. Ces acteurs offrent des normes de qualité, des possibilités de stage et des passerelles vers des emplois plus formels. Dans les zones rurales isolées toutefois, il y a peu d’entreprises, et celles qui existent ne peuvent pas absorber le volume de jeunes entrant sur le marché du travail. C’est là qu’intervient SIM!, en mettant en relation ces grandes entreprises avec des microentreprises et des artisans, mieux à même d’encadrer les jeunes.

Ce n’est pas la taille qui compte, mais les mesures d’incitation

Que ce soit E4E ou SIM!, ces deux projets montrent que l’association de grands et petits acteurs favorise l’émergence de dispositifs de formation professionnelle solides. Les principaux acteurs du marché peuvent établir des standards et ouvrir la voie à l’innovation, tandis que les entreprises plus petites et plus agiles sont souvent plus ouvertes au changement et touchent plus facilement les jeunes défavorisés.

Associer le secteur privé à la formation professionnelle consiste donc moins à choisir entre les grands groupes et les acteurs de terrain qu’à comprendre quels acteurs ont intérêt à agir et disposent des capacités nécessaires pour répondre à des contraintes spécifiques au bon moment et de manière adaptée. Globalement, ces deux types d’acteurs sont des moteurs de changement : les grandes entreprises, de par

À propos d’Helvetas

Helvetas est une organisation non gouvernementale suisse indépendante et un partenaire clé du dispositif de coopération internationale de la Suisse.Elle bénéficie de contributions de base de la DDC et met en œuvre des programmes et des mandats pour le compte de la DDC et du SECO dans de nombreux pays. Elle axe son action sur l’eau, l’alimentation et le climat, l’emploi et les revenus, ainsi que l’inclusion et la cohésion sociale, principalement dans les pays du Sud et en Europe de l’Est.

La DDC collabore avec des ONG suisses telles qu’Helvetas, car celles-ci allient l’expertise et l’innovation suisses à une solide expérience opérationnelle. Grâce à leurs connaissances spécialisées, à leurs solutions pratiques et à la qualité de leurs services, elles contribuent directement à la mise en œuvre de la stratégie de coopération internationale de la Suisse.

Pour plus d’informations: Organisations non gouvernementales

Contact

Direction du développement et de la coopération (DDC)
Eichenweg 5
3003 Berne