Renforcer la résilience des familles vulnérables
En Bolivie, une large frange de la population travaille dans le secteur informel de l’économie. Elle n’a pas ou peu accès à des assurances d’invalidité ou de santé. Un moindre pépin peut dès lors faire basculer ces personnes dans la précarité. Pour remédier à cette situation, la DDC a incité le secteur privé à développer des produits d’assurance inclusive et agricole abordables.

Auteure: Zélie Schaller
«Travaillant souvent en hauteur, nous sommes particulièrement exposés aux accidents. Nous subissons également des coups et des coupures avec les outils que nous employons. Dans les médias, nous avons entendu qu’une assurance garantissait les moyens de subsistance des enfants orphelins, dont les parents maçons sont décédés sur un chantier.» Sonia Quispe Ventura est membre de l’Association des femmes maçonnes de Bolivie. Via la télévision, elle a pris conscience de l’importance et des avantages d’une assurance vie et accident.
Dans son pays, la culture de l’assurance se révèle très faible: le secteur ne représente que 1,5% du produit intérieur brut, contre plus de 3% en moyenne dans les autres pays de l’Amérique latine. Avec de lourdes conséquences sur l’économie. Un accident, une maladie, une disparition ou encore une catastrophe renforce la précarité des familles. Or, le taux de pauvreté en Bolivie s’avère déjà élevé: il touche plus d’un tiers de la population (34,6%). Une situation qui s’est aggravée avec la crise du Covid-19, d’autant que l’emploi informel, par définition vulnérable, constitue une part importante de l’économie (69%). Sans compter le réchauffement planétaire qui met à mal les cultures et par là même la sécurité alimentaire.
Solvabilité restreinte
Pour diminuer les pertes de revenus liées aux aléas climatiques, aux problèmes de santé, aux accidents ou aux catastrophes et ainsi réduire la pauvreté, la DDC a incité le secteur privé à développer des produits d’assurance inclusive et agricole. Le projet est mis en œuvre par la fondation Profin: cette organisation à but non lucratif, qui travaille depuis plus de vingt ans en Bolivie, promeut l’inclusion financière.
L’assurance inclusive s’adresse aux populations exclues des circuits financiers traditionnels, car considérées à risque au vu de leur solvabilité restreinte. Pour les personnes à faible revenu, le projet a développé 20 produits, couvrant les risques de décès et les accidents, mais aussi les soins médicaux et hospitaliers par exemple. «Le coût annuel des primes varie entre 10 à 480 bolivianos (entre 1,4 et 65,4 francs) selon la couverture», précise José Luis Pereira Ossio, chargé de programme au bureau de la DDC en Bolivie.
Ateliers de sensibilisation
Une option est destinée aux femmes: «Elle comprend la prise en charge, chaque année, de deux consultations gynécologiques, d’un test Pap [examen qui permet le dépistage du cancer du col utérin, ndlr] et d’un entretien pour l’interprétation des résultats», détaille José Luis Pereira Ossio.
À l’intention des femmes également, mais aussi des jeunes et des enfants, des ateliers d’éducation financière et de sensibilisation aux questions d’assurance ont été mis sur pied. Les thèmes abordés, lors de ces formations, sont les suivants: le crédit, l’épargne, la budgétisation et l’assurance. Concernant cette dernière, son fonctionnement et d’autres notions de base, telles que la police, la prime, l’indemnité ou la valeur assurée, sont expliqués.
Pour l’ensemble de la population, un programme virtuel, enseignant également les bases de l’assurance, a été conçu. De plus, des campagnes de communication ont été lancées sur les réseaux sociaux et les médias traditionnels ou encore dans les transports publics. «Les gens doivent comprendre qu’une assurance peut aider à protéger leur vie, leur santé, leur famille et leur source de travail», relève José Luis Pereira Ossio. Un message qui a convaincu Sonia Quispe Ventura, citée plus haut, mais aussi Yanette Marisol Durán Chipana.
Les larmes aux yeux, cette mère de famille confie avoir dû débourser beaucoup d’argent pour ses parents, aujourd’hui décédés: «Les petites économies qu’on avait, on les a toutes dépensées, toutes. Notre situation financière était vraiment mauvaise et nous avions mal au cœur aussi, parce que nous étions blessés par tout ce qui s’était passé. Mais l’assurance nous a énormément aidés. Elle nous a sauvés.» Comme Yanette Marisol Durán Chipana, quelque 53'000 personnes ont souscrit une assurance vie depuis le début du projet, en 2017. Un nombre qui devrait sensiblement augmenter, car une réglementation spécifique à l’assurance inclusive sera publiée cette année.
Gros travail de persuasion
Mais comment avoir persuadé les compagnies d’assurance de proposer des prestations accessibles aux populations à faible revenu? «Différents événements ont été organisés pour démontrer aux responsables l’importance et le potentiel de tels produits. L’intérêt a augmenté et nous avons travaillé main dans la main à l’élaboration de ces derniers, répond José Luis Pereira Ossio. Nous avons aussi accompagné les entreprises dans leurs actions de communication pour les cibler sur le changement social et le développement.»

Autre but du projet: garantir la sécurité alimentaire des familles. Ainsi, des assurances ont été mises en place dans le secteur de l’agriculture. Une assurance bétail pour les bovins laitiers est proposée. Elle remplace jusqu’à 80% de la valeur commerciale de l’animal en cas de décès. D’autres assurances concernent les cultures de soja et de blé, durement affectées par le réchauffement climatique. Elles couvrent les dégâts engendrés par les inondations et la sécheresse. Avec une dimension technologique: une fois la parcelle assurée, l’évolution de la culture est suivie, tous les dix jours, par satellite pour identifier toute anomalie. L’indemnisation a lieu dès que le bilan hydrique est inférieur ou supérieur à celui que l’assurance a préalablement établi. Grâce au projet, 10'000 hectares de cultures sont assurés. Soit plus de 14'000 terrains de football!
Couverture liée au Covid-19
Lors de la pandémie de coronavirus, la fondation bolivienne Profin est parvenue à négocier avec une compagnie d’assurances la couverture des décès liés au Covid-19 – une première. Cette prestation est désormais incluse dans l’assurance vie contractée par les personnes à faible revenu. Quelque 10'000 personnes ont souscrit une telle police. D’autres assurances ont ensuite également proposé un tel produit. D’autre part, Profin, toujours dans le cadre de projets d’inclusion financière lancés par la DDC, a mis en place avec les banques le «microfactoring». Pour expliquer le fonctionnement de ce produit financier, un exemple: une petite agricultrice remet une facture à la banque, laquelle avance le montant dû, moins une petite commission, à la cliente, lui fournissant ainsi immédiatement des liquidités. Le «microfactoring» s’est révélé être un outil efficace pendant la pandémie: il a permis aux petites exploitations agricoles de surmonter les pénuries de liquidités et de garantir notamment les salaires du personnel.
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