Venezuela : une aide humanitaire réaménagée et repensée
Pauvreté extrême, faim, effondrement du système de santé, maladies : le Venezuela est plongé depuis des années dans une crise humanitaire qui ne trouve ses origines ni dans une guerre ni dans une catastrophe naturelle, mais dans la situation politique de ce pays autrefois prospère. Les circonstances appellent de nouvelles formes de soutien. Depuis deux ans, Beat von Däniken intervient au Venezuela en tant que chef de la coopération.

Depuis 2023, je suis responsable de la coopération au Venezuela. Au cours de mon carrière, j’ai travaillé à la centrale, en Ukraine, au Pérou et en Jordanie. Le Venezuela a beau disposer des plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, il est le quatrième pays le plus pauvre d’Amérique latine et beaucoup de ses habitants souffrent de la faim. Les tensions politiques, les sanctions et la corruption ont débouché sur une profonde récession, caractérisée par une hyperinflation et une pauvreté qui touche environ 70 % de la population.
C’est une mission difficile. Nous ne disposons ni de données démographiques récentes ni d’informations officielles sur la situation humanitaire, car le gouvernement n’en publie pas.
C’est une mission difficile. Nous ne disposons ni de données démographiques récentes ni d’informations officielles sur la situation humanitaire, car le gouvernement n’en publie pas. Sur les quelque 30 millions d’habitants que comptait le pays – ce chiffre varie selon les sources –, 7,9 millions ont émigré au cours des dernières années. Toutefois, la politique migratoire aux États-Unis oblige de plus en plus de ressortissants vénézuéliens à retourner dans leur pays ou à aller dans d’autres pays d’accueil de la région. Des changements qui posent de nouveaux défis.
C’est dans ce contexte compliqué que nous intervenons depuis plusieurs années. Il n’est pas rare que les nouvelles approches de coopération engagées dans le cadre d’activités humanitaires débouchent sur des solutions applicables à la promotion de la paix ou aux questions diplomatiques, et inversement.
L’aide est très politisée au Venezuela. Il y a une grande défiance vis-à-vis des organisations humanitaires, qui font l’objet d’une surveillance rapprochée. D’où la nécessité de nous coordonner au sein de l’ambassade de sorte que les acteurs de la diplomatie, de l’aide humanitaire et de la promotion de la paix conjuguent leurs efforts. Nous partageons nos contacts et nos expériences et coordonnons nos actions, un fonctionnement qui nous permet de relever au mieux les défis.
Il n’est pas rare que les nouvelles approches de coopération engagées dans le cadre d’activités humanitaires débouchent sur des solutions applicables à la promotion de la paix ou aux questions diplomatiques, et inversement.
À titre d’exemple, nous souhaitions mettre en œuvre un projet de réduction des risques de catastrophes en concertation avec la protection civile nationale. Les débuts avaient été poussifs : après plusieurs réunions avec le bureau du vice-ministre compétent, rien ne bougeait. Jusqu’à cette réunion en présence du ministre de l’intérieur où notre ambassadeur a réussi à débloquer la situation et où, d’un coup, les portes se sont ouvertes et un climat de confiance s’est instauré.
Globalement, la Suisse a une place singulière au Venezuela. Elle est restée quand d’autres pays se sont retirés et ont fermé leur représentation après les années de crise politique. De plus, elle a vu sa présence renforcée grâce à l’arrivée d’experts suisses mis à la disposition de l’ONU. Toutefois, nous devons aussi nous demander régulièrement jusqu’où nous pouvons aller et où nous pouvons obtenir des résultats concrets ensemble.
Il faut renforcer les capacités nationales et locales et garantir la pérennité des projets. Il convient de faire en sorte que les populations et les institutions locales aient accès aux savoirs, notamment en lien avec la résilience et la réduction des risques de catastrophe. Un tel accès implique également de collaborer étroitement avec les autorités politiques locales. Nous devons faire preuve de prudence pour éviter que ces dernières ne tirent indûment parti de la collaboration. Nous sommes conscients du défi que cela représente et savons toute la patience et la persévérance qu’il faudra déployer. En effet, la collaboration au Venezuela tient davantage du marathon que du sprint. Cependant, nous sommes convaincus que tant que nous aurons la possibilité de faire avancer les choses, la patience et la persévérance seront payantes.
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